Terence Fisher

Terence Fisher - Partie 2

1951 : La Hammer Films, mais des débuts artistiquement difficiles


1951, peut-être l'année la plus importante pour Fisher, un certain William Hinds (qui jouait au théâtre dans les années 30 sous le pseudo de Will Hammer, yek yek) embauche Terence Fisher au sein d'une compagnie renaissante, la Hammer Films.




Michael Carreras



Michael Carreras

Historiquement la Hammer a été créée au milieu des années 30 par William Hinds et Enrique Carreras, pour vous donner une idée de ce que les producteurs connaissent du cinéma, il faut savoir que Hinds était propriétaire de nombreuses bijouteries (sans être bijoutier) et Carreras (bon, là ça passe encore) directeur de salles de cinéma. La Hammer produira quelques films jusqu'à la guerre, le seul, a priori intéressant, à pour titre "The Mystery of the Mary Celeste" avec Bela Lugosi. Un film fantastique plutôt réussi d'ailleurs. Á cause de la guerre la Hammer ferme ses portes, elles ne réouvriront qu'en 1948 pour produire des séries B (vraiment fauchées) policières sans grand intérêt. La Hammer avait pour particularité de travailler en collaboration avec des producteurs et distributeurs de séries B américaines avec lesquels ils échangeaient la distribution des films. Il faudra cinq ans et une quinzaine de films ensemble, pour que Terence Fisher et la Hammer trouvent leur voie, réinventent le genre fantastique. Les films de Fisher, durant cette première période sont très rares et le peu de critiques que l'on peu lire à leur sujet laisse un peu dubitatif sur leur qualité. Essayons quand même d'y voir un peu plus clair.

Des débuts difficiles, c'est le moins qu'on puisse dire. Son premier film pour la Hammer a pour titre "The Last Page" (sorti aux États-Unis sous le titre "Man Bait"), le scénario de Frederick Knott ("Dial M for Murder", tout de même) est tiré d'une pièce de James Hadley Chase, que du bon a priori. Mais le résultat est convenable, sans plus, sans surprise. Mais il reste tout de même beaucoup plus jouissif que son film suivant, tourné la même année, "Wings of Danger" (retitré aux États-Unis "Dead on Course"), malgré un scénario de John Gilling, l'intrigue reste au ras des paquerettes, l'interprétation est innexistante, et la mise en scène ne s'élève que très rarement au dessus d'un épisode de mauvaise série télé, vous n'êtes vraiment pas obligés de courir après ce film. Toujours la même année (oui, on tourne beaucoup et vite à cette époque), Fisher réalise son premier film Hammer vraiment intéressant et franchement travaillé, "A Stolen Face". Un effort notable a porté sur le casting, on y retrouve Paul Henreid et Lizbeth Scott, l'histoire est plutôt intéressante. Un médecin spécialisé en chirurgie plastique est persuadé que la beauté et/ou la laideur physique d'une femme peuvent influer sur un comportement criminel, une idée à la con, certes, mais un point de départ assez amusant pour le scénario. Bien sur, à l'instar des scientifiques très à la mode de cette époque, le Dr. Philip Ritter est sur d'avoir raison et cherche à prouver sa théorie en dépassant allègrement les limites définies par un certain serment propre aux médecins. Je ne vous en dis pas plus afin de ne pas vous gacher le plaisir si vous avez l'occasion de le voir. Fisher y utilise avec beaucoup d'intelligence et de brio le principe du montage parallèle (nottament dans la scène du compartiment dans le train), il commence à developper ses propres obsessions sur le thème du bien contre le mal, et aussi nous fait assister de près à des opérations chirurgicales (images assez fréquentes dans les films de l'époque) sans jamais tomber dans le racoleur mais en jouant sur l'aspect mystérieux, sur le fait de se retrouver à la merci du chirurgien. Le film comporte néanmoins quelques longueurs, à cause d'une amourette sur laquelle le scénario insiste parfois lourdement.

Vous le croierez ou pas mais Fisher réalise un quatrième film en 1951, une commande pour Meridian, dont je ne sais strictement rien sinon que sa réputation est catastrophique. Je n'ai pas vu non plus "Mantrap" ("Woman in Hiding" aux Etats-Unis), polar jugé assez conventionnel dans les quelques articles que j'ai pu lire à son sujet. Ce qui fait de 1952 une année assez importante, c'est plutôt la réalisation de deux films fantastiques, dont l'un, aux portes de la science fiction.

1952/53 : Incursion dans le fantastique et la science fiction





Affiche "Four Sided Triangle"

Même s'ils ne sont pas exempts de défauts, ils permettent de juger assez aisément du tournant que prends la Hammer vers ce genre de films, très prisés par le public. Le premier de ces deux films est "Four Sided Triangle", sorti en France pour la télévision sous le titre "Le triangle à quatre cotés".

L'intrigue est amusante, en gros, deux jeunes scientifiques assez doués, et inventeurs d'une machine à dupliquer les objets, tombent amoureux de la même fille. Elle choisi l'un d'entre eux, du coup, l'autre, complètement désespéré, la duplique grace à sa machine. Mais il la duplique trop bien, je vous laisse deviner pourquoi.

Malheureusement le film n'est pas du tout à la hauteur, bavard, manquant incroyablement de moyens (ce qu'on ne peut pas reprocher à Fisher), laissant trop de place à des acteurs qu'on peut qualifier aisément de mauvais. Surtout l'actrice, qui bat ici des records d'insipidité (et je ne parle pas de son physique). Dommage, le sujet était prometteur. Reste que le film se laisse regarder, comme tout film flirtant avec le fantastique ou la science fiction, il garde un attrait indéniable pour les amateurs de films de genre (les moins regardants seront même comblés).




Affiche "Spaceways"

Le suivant, "Spaceways" ("Enquête dans l'espace" à la télé française) est en fait beaucoup plus enquête qu'espace, on y mélange allègrement les amourettes, de l'espionnage, du criminel... Mais je vous rassure, il y'a aussi une fusée aux plans top secrets, et qui dit fusée, en 1952/53, dit science fiction. Á l'instar de "Four Sided Triangle" c'est typiquement le genre de film auquel on s'accroche, ne serait ce que pour entrevoir quelques rares minutes de science fiction. Bien sur, le talent de Fisher y apparait ça et là mais insuffisament si l'on considère l'ensemble du film, très (beaucoup trop même) bavard, encore une fois l'interprétation est très moyenne. Pour les films suivants, de 1953 à 1956, je suis obligé (et j'en suis bien désolé) de vous jeter négligeament mon inculture à la figure. Je me contenterai de reporter rapidement les quelques commentaires lus ça et là dans les journaux et les divers livres sur le sujet. Vous trouverez en suivant les titres anglais originaux accompagnés des titres américains entre paranthèses, et, en suivant, un condensé des divers commentaires :

  • "Blood Orange" ("Three Stops to Murder") 1953
    Plutôt intéressant, réservant même quelques surprises scénaristiques, mise en scène professionelle mais trop sage.
  • "Three's Company" 1953
    produit par Douglas Fairbanks Jr.
    Film bidon qui consiste à exploiter trois épisodes de la série TV "Douglas Fairbanks Presents", un must pour les amateurs de séries donc. Chose intéressante, certains des épisodes (tournés par Fisher) racontent des histoires de chirurgiens fous et de maisons hantées, des thèmes précurseurs du renouveau du fantastique.
  • "Face the Music" ("The Black Glove") 1953
    Polar plutôt intéressant dans les milieux du Jazz, acceuil critique assez bon.
  • "Murder by Proxy" ("Blackout") 1953
    Considéré comme le meilleur policier tourné par Fisher dans sa période pré-fantastique.

Là je fait une petite pause pour vous parler de son premier film réalisé en 1954 "The Stranger Came Home" ("The Unholy Four"), d'abord parce que je l'ai vu, et qu'il n'est pas complètement inintéressant. Le scénario est assez fou, signé par George Sanders mais en fait écrit par Leigh Brackett, il part dans tout les sens, donnant la possibilité à chacun d'être suspect, coupable ou victime. Le problème est que le film manque serieusement de rythme, on s'endormirai presque, le plus grand intérêt de "The Stranger Came Home" est la présence de Paulette Godard, dans le rôle principal. La critique fut très sévère.

  • "Mask of Dust" ("Race for Life") 1954
    Hum, un ramassis de cliché sur les films de courses automobiles.
  • "Final Appointment" (produit pour ACT films)
    1954 Inconnu au bataillon
  • "The Flaw" (produit par Cybex) 1954
    Polar classique sur une histoire d'héritage. Sans intérêt semble-t-il.
  • "Children Galore" (produit par Grendon) 1954
    Fisher lui même avoue qu'il n'a jamais été aussi mauvais, il préfère se taire à propos de ce film.
  • "Stolen Assignment" (produit par ACT films) 1955
    Suite de "Final Appointment", on y retrouve les mêmes personnages, dont un journaliste enquêteur. Ce qui nous renseigne sur le premier. Fisher l'a oublié (enfin, c'est ce qu'il dit).
  • "The Gelignite Gang" (produit par Cybex) 1956
    Film de gangsters, on dirait que personne ne l'a vu.
  • "The Last Man to Hang" (produit pour ACT) 1956
    Un film à procés dont la réputation est tout à fait honorable, à pister sur les catalogues de Oldies.
  • "Kill Me Tomorrow" 1956
    Mélodrame criminel peu intéressant, sinon que quelques critiques accordent à Terence Fisher de réèlles qualités de mise en scène.

Et nous y voilà, novembre 1956, Anthony Hinds rappelle Fisher au sein même de la Hammer car il lui doit un film (par contrat). La Hammer vient d'avoir un certain succès avec "The Quatermass Xperiment" ("Le monstre") de Val Guest, et décide de se lancer dans le fantastique toutes voiles dehors. Les droits de Frankenstein étant publics, Jimmy Sangster ecrit un scénario différent de ce qui a été fait jusqu'alors. Peter Cushing qui travaillait à la télé, et avait toujours refusé les avances de la Hammer, se signala aux producteurs avançant qu'il était fortement intéressé. Tout est prêt pour le début de l'age d'or du film fantastique anglais.

Kronos

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