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"This is Cinerama"

LE 30 SEPTEMBRE 1952 le rideau Broadway Theatre de New-York s'ouvrit sur un film utilisant un nouveau procédé qui allait marquer profondément son époque : le Cinerama. Outre un formidable succès auprès des spectateurs le Cinerama a probablement été l'étincelle qui déclencha la guerre des formats qui embrasa Hollywood dans les années 50.

Aujourd'hui plus de trente ans après le tournage de "How The West Was Won" ("La conquête de l'ouest", le dernier film à utiliser réellement le procédé) le mot Cinerama continue de faire rêver comme en témoignent la rénovation d'une salle Cinerama entreprise par Paul Allen [2] ou les nombreux débats ayant lieu sur le groupe rec.arts.movies.tech.



Affiche US de "2001" avec logo Cinerama

Cinerama ou pas Cinerama ?

Si les premiers films en Cinerama utilisaient inconditionnellement le système à trois caméras bien connu, la situation devint beaucoup plus compliquée par la suite et donne lieu à des interrogations comme celle de Vincent Fournols sur fr.rec.cinema.discussion :

J'ai quelque part dans des cartons à la cave, le vinyle de la musique de 2001. Et j'ai réalisé il y a peu que sur la pochette reproduisant l'affiche initiale, il est fait mention de Cinerama. Voudrait-ce dire qu'il a existé une version triple écran du film ?

Les premières années

Le Cinerama est l'oeuvre de Fred Waller qui conçu un procédé utilisant 3 films 35mm sur 6 perforations de hauteur et défilant à la vitesse de 26 images par seconde. L'écran associé était un arc de cercle de 146° qui était, non pas d'une seule pièce comme les écrans actuels, mais composé de bandes verticales orientées face à la salle (un peu comme un store vénitien) dans le but de réduire les réflexions parasites. Le son était assuré par un autre film 35mm portant 7 pistes magnétiques.

En pratique un film en Cinerama était donc composé de quatre supports distincts : trois films 35mm pour l'image et un film recouvert d'enduit magnétique pour le son...

Trois films d'image et un de son

Image reconstituée

Avec l'autorisation de Martin B. Hart,
conservateur du site American WideScreen Museum.

Le premier film en Cinerama (dont sont tirées les images ci-dessus) était "This is Cinerama". Il fut présenté pour la première fois au public en septembre 1952 au Broadway Theatre de New-York et resta à l'affiche de ce même cinéma pendant deux ans. Un succès formidable auprès du public pour qui le Cinerama était une vraie révolution technique.

Entre 1952 et 1960 [3] recense sept films dont une publicité pour la Dauphine de Renault et "Windjammer". En outre les films de cette période n'étaient finalement que des « démonstrations » du système comparables vraisemblablement à la grande majorité des films en Imax qui sont produits de nos jours.

On peut facilement imaginer qu'un tel succès excita les convoitise et en 1955 National Theatres acquis les droits d'utilisation exclusifs d'une nouvelles caméra à trois objectifs. Le 8 avril 1958 au Chinese Theater de Los Angeles eu lieu la première du film "Windjammer" présenté en Cinemiracle.

Ce procédé était en de nombreux points semblable à son prédécesseur notamment en ce qui concernait le nombre de pistes sonores, la disposition des haut-parleurs dans la salle et la vitesse de défilement. Les deux principales différences étant le regroupement des trois projecteurs et de la partie son dans une seule et même cabine et l'utilisation de miroirs pour les deux projecteurs latéraux. Bien que [3] insiste sur la difficulté à trouver des témoignages fiables à l'heure actuelle il semblerait que cet artifice améliorait considérablement le confort visuel en particulier en supprimant les démarcations à la jonction entre les images provenant de projecteurs différents.

Le miracle n'eut pas lieu et rapidement Cinerama Inc. et National Theatres trouvèrent un accord qui laissa Cinerama seul en piste.






Affiche US de "How The West Was Won"

Le dernier film en Cinerama

Les années 60

Vers 1960 la MGM commença à venir mettre son nez dans les affaires de Cinerama et le procédé connu un léger lifting. Tout d'abord le nombre de pistes sonores passa de 6 à 7 et la taille des écrans augmenta. Dans le même temps la vitesse de défilement passa de 26 à 24 images par secondes afin de faciliter les transferts vers du 70mm ou du 35mm traditionnel (les trois projecteurs et le son furent aussi regroupés au sein d'une même cabine). [3] référence ce procédé comme Super Cinerama mais précise que cette appellation était uniquement à usage interne et n'a jamais été utilisée commercialement aux USA.

Ces évolutions étaient pour la plupart positives mais le plus gros changement fut cependant la production de fictions utilisant ce format. La MGM produit donc en 1962 et 1963 "The Wonderful World of the Brothers Grimm" et "How the West Was Won". [3] signale aussi certains films qui débutèrent en Cinerama avant d'opter finalement pour un autre format. Parmi eux "Cléopatre" qui débuta en CinemaScope avant d'essayer le Cinerama pour finalement choisir définitivement le Todd-AO. Cette valse d'hésitations nous montre néanmoins que le tournage en Cinerama n'était pas exempt de difficultés. Dans l'une de ces pages consacrées au Cinerama, [1] parle de l'angle de prise de vue de la caméra qui obligeait à une vigilance accrue, des particularités de l'écran courbe qui devait être prisent en compte lors du tournage et enfin du poids considérable de la caméra : environ 400 kilos avec son caisson insonorisant.

De technique à commercial

Après "How the West Was Won" le procédé allait encore évoluer (régresser ?). Tout d'abord le système de 3 films 35mm fut abandonné au profit d'une projection en 70mm sur 5 perforations de hauteur avec un objectif particulier permettant de couvrir l'écran Cinerama. À la prise de vue on utilisait un négatif 65mm soit avec anamorphose de 1,25 (c'est-à-dire une compression en largeur d'un rapport 1,25) comme l'UltraPanavision 70 ou le MGM Camera 65, soit sans anamorphose comme le Todd-AO, le SuperPanavision 70 et leurs clones (dans ce cas les bord de l'image étaient très légèrement compressés au tirage). À la projection l'image était, dans le premier cas, trop étroite au centre de l'écran et normale sur les bord ; et dans le second cas trop large au milieu et encore plus élargie sur les bords malgré la compression.

L'ultime évolution du procédé fut la suppression de l'écran à lamelles, sa réduction de 146° à 120° et l'adoption d'un rapport largeur/hauteur compatible avec les autres formats 70mm. À noter cependant que les salles estampillées Cinerama étaient tenus par contrat de ne projeter sur toute la surface de leur écran que les films estampillés Cinerama.

C'est dans ce contexte que furent tournés "2001 l'odyssée de l'espace", "Zébra station polaire" et quelques autres : Cinerama n'étant plus qu'une marque commerciale de production rappelant les souvenirs d'une grandeurs passée.

Aujourd'hui

Outre le projet [1] il est toujours possible de voir des films en Cinerama triple bande dans quelques salles ([6] par exemple) et ce malgré les difficultés rencontrées (peu de films disponibles, lourdeur du procédé, etc). Il est intéressant de regarder les réactions des spectateurs qui découvrent de nos jours le Cinerama. Malgré la banalisation de la stéréo multipistes et l'apparition des procédés tels que l'Imax les témoignages reste le plus souvent enthousiates. Comparant l'Imax au Cinerama Scott Marshall dans le numéro de juin 1998 de [4] met en avant le fait que le Cinerama a été conçu avant tout pour dupliquer la perception humaine (l'angle de 146° et la focale de 27mm par exemple) alors que l'Imax ne se contente que de faire l'image la plus grande et la plus nette possible. Alors Cinerama not dead  ?



Objectifs de la caméra Cinerama

Les objectifs de la
caméra Cinerama

Références

[1] American WideScreen Museum
un site très complet consacré aux procédés cinématographique en écran large. Toutes les images de cette page on été extraite de ce site avec la permission de son conservateur : Martin B. Hart.
[2] Seattle Cinerama
la page officielle de la salle Cinerama de Seattle restoré grâce à Paul Allen. Entièrement en Flash donc inutilisable sans le plug-in idoine. Le tout est donc présenté dans un espace de taille fixe au sein du navigateur. Bref intéressant pour le fond mais assez raté pour la forme.
[2bis] Seattle Martin Cinerama
Un hommage à la salle de Seattle à l'époque où elle s'appelait encore Seattle Martin Cinerama.
[3] Wide Screen Movies
A History and Filmography of Wide Gauge Filmmaking.
[4] Wide Gauge Film and Video Monthly
un mensuel consacré aux techniques cinématographiques axé sur les écrans et les formats « larges ».
[5] IMDb
la liste des films en Cinerama, Super-Cinerama, etc. recensés par l'Internet Movie Database.
[6] Pictureville Cinema
Salle de projection du National Museum of Photography, Film & Television à Bardford dans le nord de l'Angleterre on peut y voir régulièrement des films en Cinerama projetés dans leur format d'origine.

Christophe Labouisse

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