Wild Things (fr)

SexCrimes

de John McNaughton (néo-polar pour ado)
1998 - 1h47 - USA ("Wild Things", bravo au traducteur)
avec : Kevin Bacon (Ray Duquette), Matt Dillon (Sam Lombardo), Neve Campbell (Suzie Toller), Denise Richards (Kelly Van Ryan), Bill Murray (Ken Bowden)
scénario : Stephen Peters
prod. executif : Kevin Bacon (eh oui)

Sébastien Barré, le 30/06/98 (note : pas de révélations dans cet article, vous pouvez le lire sans avoir vu le film auparavant) :

JOJO, le maillot de bain, s'ennuie dans son rayon. Eh oui, on a beau passer son temps suspendu dans un magasin de Blue Bay (Floride, USA), on en a pas moins sa fierté. Car oui, Jojo est seul, son dernier ami, Mimil, l'a quitté hier, au bras de Kelly. Car oui encore, s'il y a bien une chose que l'on apprend rapidement dans ce film, c'est que le maillot de bain fut inventé pour Denise Richards (la sémillante et fluorisante Carmen, pilote dans "Starship Troopers").

Wild Things : je suis occupé...

N'insistez pas les filles, je suis
occupé à écrire un article.




On apprend de la même façon que les cours de comédie furent sûrement eux aussi inventés pour Denise Richards, mais que ce simple fait ne semble pas avoir encore franchi les 2 insondables mais néanmoins majestueux barrages qui séparent la rumeur populaire (qui comme chacun le sait traîne par terre) des 2 adorables oreilles entourant les 2 hémisphères cérébraux de la gentille Denise (chez qui tout va par paire, y compris les gifles qui se perdent). Mais je m'égare, car Matt Dillon est tout aussi fort dans la catégorie "bon pour se faire couler dans le béton".

A Blue Bay donc, il s'en passe. Kelly (Denise Richards), est confronté à son plus gros problème de la journée, problème hélas quotidien : elle hésite entre ce qu'elle va répondre à sa copine, qui lui demande un truc, (qu'elle n'a pas compris, mais elle va faire comme d'hab. et le noter pour plus tard). Elle hésite donc entre :

  1. "hihi"
  2. "coooool"
  3. "mmmmhhh" (en se mordillant la lèvre)

Et là, c'est le premier rebondissement : Kelly, dans un effort surhumain, va dégeler un neurone, et son premier dialogue sera à l'image de sa prestation filmique : "Fuck you !" (ce que je traduirai modestement par "arrête de m'ennuyer, malotru !"). Mais ne lui jetons pas la pierre, car Suzie, deuxième gros rôle du film (Neve Campbell), va redoubler d'ingéniosité quelques secondes plus tard pour lancer, elle aussi pour son premier dialogue, un non moins intéressant Verlainien truc du style "Fuck you, prick !" (le début, vous le connaissez, la suite s'apparente plutôt à "sexe d'origine masculine"). A moins que cela ne soit un "Kiss my ass, prick !", mais là je ne sais plus.

Wild Things : le trio infernal ?

Le trio infernal ?




Or donc Denise, la bien achalandée, évolue dans un lycée tout ce qu'il y a de plus normal, comme vous et moi en avons fréquenté (ou fréquentons), à savoir ce genre de lycée verdoyant où l'on prend à coeur de se pointer en jet-ski ou en 4x4 rutilant afin de fréquenter dans la gaieté des top-modèles masculins et féminins devisant de choses follement intéressantes dans des vêtements très tendances, les cours sous le bras, la jupette courte et le sourire à l'avenant. Je ne vais donc pas m'éterniser sur ce qui constitue notre lot quotidien, car la routine m'ennuie, et je constate d'ailleurs que je n'ai pas encore rangé dans mon cartable mes sandwichs au caviar que moman m'a préparé.

Elle, Kelly, en pince visiblement pour Sam Lombardo (Matt Dillon, au jeu tellement intérieur qu'on en dirait un casino), le modèle parfaitement classique du conseiller d'orientation, à savoir beau, jeune, intelligent, fin, intègre, mais anciennement coureur de jupons. Pas de surprises donc. Celui-ci l'ignore (il ignore Kelly, pas les surprises, hein), car il ne mange pas de ce pain là. Ce qui, en la personne de Denise Richards, fait quand même un sacré pain, mais laissons là ces considérations boulangères. Suzie (Neve Campbell, le boud... euh l'héroïne de "Scream"), la voyoute de Blue Baye (pensez donc, elle vit quand même dans une roulotte, c'est-y-pas rebelle ça ?), croise de temps en temps son chemin. Ces chipies opposées (Kelly fille de la plus riche famille de Blue Bay, et Suzie au passé tellement trouble qu'elle aurait même volé des trucs) ne semblent pas s'entendre.

Wild Things : ami lycéen...

Ami lycéen, c'est le moment !




Kelly va accuser Sam de l'avoir violée. Et là on rigole moins (sauf quand on voit Denise Richards jouer la "fille violée", et là on se demande vraiment si elle fait exprès de jouer avec la finesse de Benny Hill ou si c'est du 15ème degré). Suzie en profitera pour révéler qu'il fit de même un an auparavant. Le beau Sam, qui nous a mis dans sa poche dès le début de la séance, va essayer de prouver son innocence, avec l'aide de son avocat (Bill Murray, merci Bill, je sais pas ce que tu fous là, mais tu sauves encore un film). Quant au détective Ray Duquette (Kevin Bacon), il va tenter de démêler l'écheveau, ou de s'enliser, c'est ce qu'on verra. Et pendant ce temps là, il fait chaud, c'est hot tout ça mes enfants, les tee-shirt sont tellement mouillés que tu pourrais enfiler un water-bed qu'on verrait pas la différence. Et les regards se font insistants. Miam.

Ami lycéen, c'est le moment de rentabiliser tes 10F de la "Fête du Cinéma" en embrassant un peu ton/ta petit(e) ami(e), des plages récréatives de non-réflexion sont ménagées deci-delà tout au long du film, n'hésite pas.


Bref, ce n'est qu'une des petites péripéties de ce film qui accumule vrai-faux rebondissements et retournement de situations, laissant au plus tolérant des spectateurs la douce impression d'être une grosse crêpe, et au plus impatient la légère pensée qu'on se fout légèrement de son cortex.

Car la première chose que l'on m'a dite (plusieurs fois même) à propos de "SexCrimes", c'est "ouah, y plein de rebondissements !" (j'ajoute que derrière j'ai souvent entendu "ça en est risible !", mais je ne donnerai pas de nom). Hélas, ces rebondissements sont d'une grande artificialité. Quand on ne les sent pas venir du fond des bois sur leurs gros sabots, c'est qu'ils sont tellement capillo-tractés que cela en est, effectivement, risible. Et c'est très dommage pour un film qui se prend malheureusement un peu trop au sérieux, accumulant une réalisation très "poudre aux yeux" (ralentis suggestifs, plans racoleurs, miam) et des acteurs tellement plastiquement irréprochables qu'on se prendrait à regretter la Kate Winslet de "Titanic" (à moins que ce ne fut "Moby Dick").




Wild things : je me baigne si je veux

Je me baigne si je veux.



Dans la jungle des néo-polars, celui-ci tombe dans l'ornière qui consiste peut-être à vouloir bousculer et retourner le spectateur à tout prix. Or, je pense que cela ne marche qui si l'ensemble reste cohérent, que si le film, tout en gardant toujours un peu d'avance sur le spectateur, ne le manipule pas non-plus complètement, ou le fait intelligemment, sans laisser le sentiment d'être malmené gratuitement par des faits que, de toutes façons, il n'aurait jamais pu trouver. C'est trop le cas ici, et c'est le gros reproche que je ferai au film : certains passages ou plans semblent en fait beaucoup trop "imaginaires", ou disons, "artificiels".

J'ai ainsi regretté, durant ce film, de multiples scènes purement "gratuites", n'ayant pas lieu d'être dans un film "réaliste" car mettant en jeu des protagonistes qui sont de mèches dans la combine globale et qui, même sans aucun autres témoins oculaires, font tout de même "la comédie" dans certaines scènes comme s'ils ne se connaissaient pas ! Purement pour le spectateur en fait. C'est pourtant impossible à cet instant donné, qui est à la fois un instant postérieur par rapport à la mise en place de la combine, mais antérieur par rapport à son explication du point de vue du spectateur : donc les protagonistes savent ce qu'il en est, mais font semblant de jouer comme s'ils ne savaient pas, alors qu'il n'y a aucun autre témoin dans la scène leur imposant de feindre le secret. Dilemme mal résolu par "SexCrimes".

Wild Things : Euh ça va ?

Euh comment dire...
Euh ça va ? Hein ? Bon.




Bref, je ne vois pas la raison de "jouer cette comédie", si ce n'est celle "d'illustrer le film", d'où un étrange sentiment à posteriori, celui qui fait la différence entre être projeté dans l'intrigue et être un témoin passif d'images défilant sur un écran. En effet, avec ce procédé de "spectateur témoin d'une fausse scène", on peut se permettre tout et n'importe quoi et cela détruit, à mon avis, l'intérêt de ce film : on a l'impression d'être manipulé et que malgré les efforts intellectuels que l'on déploie, le réalisateur peut assez malhonnêtement et gratuitement les détruire (on en revient au boulot de "pré-machage" de certains films Hollywoodien, qui essaie de simplifier voir d'annihiler toute volonté de réflexion de la part du spectateur et d'imposer cette fameuse "dictature du divertissement sans cerveau")..

Cela fonctionnait mieux avec le classique "Usual Suspect", où les scènes de narrations ou de flashback s'enlaçaient "plausiblement", pour la bonne raison que celles-ci étaient explicitement présentées comme la transposition du récit d'un narrateur (Kevin Spacey), ou d'un autre. D'où de multiples points de vues, mais explicitement présentés comme tel, donc avec une possibilité de "recul" de la part du spectateur. Ce n'est pas le cas de "SexCrimes", qui est alors, à mon avis, maladroit : on assiste tantôt à une vision, tantôt à une autre détruite par un retournement bizarre, et tout cela est imposé au spectateur. Mal foutu, à mon avis, surtout quand le puzzle finit par afficher des zones bien bancales.





Wild Things : une dernière pour la route ?

Allez une dernière pour la route.



Les acteurs n'y sont pas flamboyant, Denise Richards avait un rôle très "surjoué" dans "Starship Troopers", et sa prestation ici n'est pas très convaincante non plus, son physique est trop exploité (et si quelqu'un pouvait m'indiquer d'ailleurs comment participer à l'exploitation, qu'il me téléphone), Neve Campbell a du à mon avis accepter ce rôle pour changer du registre un peu "fille coincée" de "Scream". Bon, qu'on ne s'y trompe pas non plus, je ne veux pas révéler l'intrigue, mais les rôles féminins ne se limitent pas à la simple "bimbo", et ils sont aussi (ou aussi peu, c'est selon) consistants que les rôles masculins (Kevin Bacon a ainsi une associée détective féminine qui fait marcher sa tête). Matt Dillon, je préfère ne rien dire, j'ai déjà assez de problème avec les fan de Léonardo DiCaprio qui en viennent à coller des autocollants de Céline Dion sur ma voiture, la honte. Kevin Bacon est plutôt bien, et de toutes façons je ne dirai jamais de mal d'un gars qui a joué dans "Tremors" (néanmoins Kevin, j'ai pas trop apprécié ce que tu as fait à Denise, sache le). Bill Murray apporte une touche comique vraiment nécessaire mais trop rare à ce film qui cultive le second degré et l'ironie comme moi je cultive les disques de Dave.

John McNaughton (une dizaine de films, dont "Mad Dog and Glory", et "Henry : Portrait of a serial Killer") signe ici un de ces néo-polar estivaux que je trouve personnellement un peu racoleur (Deniiiise), un scénar qui aurait pu donner bien mieux, un film "efficace", hot, mais à mes yeux naïfs sans grande gloire.

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