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Dieu seul me voitde Bruno
Podalydès Flomarek, 2 juillet 1998 :
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[...] la force
du film : |
Et tout cela tourne, sous la houlette des frères Polyadés ou plutôt de leur scénario impeccable - vif et enlevé -, de leur pari incroyable, celui de mêler dans la même histoire des trains, des répondeurs, des bagnoles, des campagnes politiques ringardes, du foot, des objets aussi divers qu'inattendus - tels une glacière, un appareil à raclette -, des rencontres impromptues et des personnages pour le moins loufoques sans jamais sombrer dans le patchwork inachevé ou dans le gag inutile, sans jamais déroger à la dynamique comique de la trame du film : la vie d'Albert. Et c'est précisément ce qui fait la force du film : réintégrer dans le processus cinématographique les bonnes vieilles recettes avérées du vaudeville avec, comme s'il s'agissait d'un atout supplémentaire, un travail sur le personnage et une incursion dans l'art de la tranche de vie et du cinéma dans ce qu'il a de plus essentiel : l'art du plan et de la prise de vue. C'est ce qui permet aussi au film de redonner toute sa dimension à un personnage comme celui d'Alice interprété par Jeanne Balibar - que l'on avait déjà vue dans l'excellent "J'ai horreur de l'amour" - et de légitimer finalement la présence d'un personnage différent presque dissonant avec l'ambiance générale du film. |
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On connaissait déjà les frères Polyadés, leur attachement à la nouvelle "bande" du cinéma français et à Arnaud Desplechin, mais on connaissait surtout leur hilarant moyen métrage "Versailles rive gauche", sorti il y a quelques années et mettant déjà en scène Versailles et ses contradictions, Versailles et ses composantes finalement improbables. "Dieu seul me voit" peut-être ressenti comme un aboutissement logique de leur travail précédent mais aussi de la tendance actuelle du cinéma français propre à mettre en exergue non seulement de véritables talents d'acteurs mais aussi une histoire construite et elle-même productrice de sens. Bien sûr, d'aucuns pourront voir dans ce cinéma le reflet d'une élite, le reflet s'avère pourtant retravaillé, réinvesti et dynamique et il me semble dommage de confiner ces créations sous une étiquette finalement assez réductrice. "Dieu seul me voit" est une preuve de la vivacité et de la générosité du cinéma français et sans doute une excellente raison de se réconcilier avec un des moteurs fondamentaux de toute oeuvre qu'elle soit littéraire, musicale ou cinématographique : la créativité. |