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1001 pattesde John
Lasseter, Andrew
Stanton Sébastien Barré, le 13/02/99 :
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Quelques protagonistes délirants. |
L'heure est en effet à la galère : Tilt, dans un élan Lagaffien, vient de détruire l'Offrande, petit festin ramassé laborieusement par la colonie et censé calmer les ardeurs d'une bande de sauterelles pilleuses menée par LeBorgne, sûrement aussi vicelard que notre borgne à nous, mais tout de même involontairement plus comique. L'ultimatum est clair, double ration pour la fin de la saison, ou ça va moucher tout rouge. Tilt se propose alors d'aller chercher de l'aide au delà des verts pâturages, et faute de Belle des Champs ou de vache Milka, ramener au bercail une fine équipe de combattants. Mais voilà, son choix va se porter sur une troupe de finauds autant adaptés au bourre-pif que Lara Fabian au prix Nobel. La partie n'est pourtant pas jouée, et il y aura sûrement de la sauterelle grillée pour le goûter...
Car on est bien loin des quelques personnages de "Toy Story" ou "Antz" ("Fourmiz", 1998), ici pas moins d'une douzaine de "graves", une demi-douzaine de second-couteaux attachants, et des bad-guys pur beurre. Parmi nos histrions, des cloportes yougoslaves, une puce ignifugée, un scarabée pépère, une chenille bavaroise, une mite Schiffer, une mante fakir, une araignée maternelle, un phasme guindé, une coccinelle mâle (si si) au langage de charretier, et j'en oublie. Débauche de magie, débauche d'idées, jusque dans ces séquences d'après générique, où un bêtisier (!!) du film tordrait un âne mort : perche dans le champ, clap virtuel, "props", personnage en carton, fou rire des acteurs virtuels qui prennent soudain une dimension encore plus grande, c'est du grand art. Vertigineux spectacle par moment, lorsque les acteurs virtuels jouent à être d'autres acteurs virtuels : ainsi ces jeunes fourmis qui présentent un hommage maladroit lors de la petite kermesse en l'honneur des sauveurs, scènes tordantes où l'on saisit parfaitement ces maladresses d'enfants timides face à leur public. Vous avez la phobie des insectes (et moi même je ne me sens pas très bien), pas de panique, tout cela est très stylisé, les petits gars de Pixar ont bossé à limiter le facteur "beurk", en supprimant pas mal de mandibules, de segment et de poils esthétiquement pas correct, en anthropomorphisant tout ce petit monde (2 bras et 2 jambes dans "1001 pattes", démarche humaine, et 2 bras et 4 pattes pour "Fourmiz", à l'allure plus "centaure"). Tout le contraire pour nos bad guys les sauterelles, qui ont été bien chargé, gagnant au passage une paire de bras surnaturelle ! |
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Couleurs, translucidités, |
On entre vite dans le tableau, et la technique se fait rapidement oublier,
à part pour quelques bourreaux de drosophiles tel que moi. John
Lasseter a toujours revendiqué son statut de "storyteller", de conteur,
et il se plaît à rappeler les priorités face à la technologie : "
Une nouveau film insectoïde, après "Joe's
Appartement", "Fourmiz"
(DreamWorks), le trashy "Starship
Troopers" et des épisodes TV précurseurs de "Insektors"
(Fantome, 1993)
? Au délà de la dispute entre DreamWorks et Disney/Pixar
(Katzenberg connaissait le projet "1001 pattes" avant de quitter
avec fracas Disney pour DreamWorks) Lasseter, papa du film et gourou de
Pixar s'exprime : " Alors que l'action de "Toy Story" se déroule essentiellement dans un milieu confiné géométrique, "1001 pattes" prend place dans de grands espaces peuplés de formes organiques et de créatures bizarroïdes : un îlot de terre et de rocs, une forêt d'herbes, des couloirs souterrains éclairés par des champignons phosphorescents, tout cela aperçu par le petit bout de l'antenne d'une fourmi...Palettes superbes, évoluant au cours des saisons, très gros travail dans les effets translucides (herbes, feuilles), textures très élaborées du fait des gros plans sur nos petits amis, énorme boulot sur l'éclairage (certaines scènes comportent plus de 120 sources de lumières, si si je les ai compté, et ma concierge me l'a confirmé). Et bien sûr les petits détails qui vont bien, les feuilles se font chapeaux, les objets de tout les jours se transforment en autant de villes, canons, tabourets, véhicules, etc.
C'est en 1991 qu'un premier partenariat est signé avec Disney, portant sur 3 films en 5 ans. Devant l'énorme succès de "Toy Story" (plus de 350 millions de dollars, une des meilleurs recette de tout les temps pour un film d'animation), Pixar demande une ré-évaluation du contrat en 1997 en faveur d'un meilleur partage des coûts/recettes (50/50, la distribution restant le domaine de Disney), et une meilleure "lisibilité" de la marque Pixar (en terme de reconnaissance). |
![]() Tilt, l'air content de lui ![]() Z, en pleine drague ![]() "Occupé !"
"Pas de Boogie-Woogie..."
"Tiens, attrape la baballe !" |
"1001 pattes" va forcément souffrir de la comparaison avec "Fourmiz"
de DreamWorks.
Il faut clairement aller voir les deux, mais j'imagine votre préférence
pour "1001" si vous avez ce point commun avec une bonne salade
que d'être truffé de lardons : ils aimeront. "Fourmiz" est un
cran au dessus dans l'ironie et le sarcasme, dans son message quasi politique
pour junior. "1001 pattes" se permet quelques blagues caustiques,
mais reste bon enfant, ce qui n'est pas préjudiciable à cette grande
poilade. Le(s) message(s) est simple mais moins lénifiant qu'un
habituel Disney, et Le Monde l'a interprété de cette façon
: " Certains préféreront Woody Allen en Z dans "Fourmiz" au Tilt de "1001 pattes", mais d'autres verront dans l'hyper active et hyper nerveuse reine Atta de "1001 pattes" un personnage plus consistant que la Sharon Stone de "Fourmiz". A chacun de voir, mais on ne peut guère résister à ce doux dingue de Tilt, et sa propension à planter le plan le plus méticuleux.
DreamWorks avait dans la foulée insisté sur ses techniques de rendu de liquide, élément étrangement important dans les fins de ces 2 films. Et là pas photo non plus, la scène finale de "Fourmiz" est un petit prodige visuel. Pixar n'est tout de même pas en reste, les effets translucides sont superbes, et les palettes plus claires, plus chaudes de "1001 pattes" sont parfaitement en accord avec le ton du film. Coté animation, le talent des animateurs de Pixar s'affirme largement (vraiment) en tête : une nuée de personnages très attachants, animés comme jamais cela n'avait été fait auparavant, des détails incroyables jusque dans les arrières plans (même flous), des petites manières, mouvements de mains qui font la différence. Pour ma part, j'ai tout de même un petit faible pour les moments de bravoure
bluffants de "Fourmiz" : "The Ball", l'attaque des
termites digne de "Starship Troopers", le sauvetage fantastique
de Balla scotchée sous une basket, la scène finale, tout ceci m'a semblé
plus lyrique, un poil mieux réalisé (plan de caméra, "casting"),
et appuyé par une musique (
Ami, si tu n'as pas compris, ce petit bijou est un régal, animé royalement pour le plaisir du petit n'enfant qui reigne en toi le week-end avant de retourner dans la grisaille du boulot. |
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Le Futur de L'avenir de Demain : Alors qu'est ce qui se prépare ? Visiblement, Lasseter va s'attaquer à l'homme virtuel dans son prochain long (si on excepte "Toy Story 2", prévu autrefois pour la vidéo). Que ce soit chez DreamWorks ou Pixar, on sent que ce galop d'essai chez les insectes promet de belles surprises. L'oeil humain étant extrêmement sensible aux infimes variations du visage, le challenge est de taille, mais pour avoir suivi un peu les publications et rumeurs techniques à ce sujet, je pense que nos petits génies ont maintenant résolu les derniers obstacles récurrents : simulation de vêtements et texture de peau réalistes (cf. le dernier court métrage primé de Pixar, "Geri's Game"), des cheveux/fourrures et visages au top comme on a pu en observer dans les quelques filtrages bluffant de "Final Fantasy : The Movie" (en espérant qu'il ne s'agisse pas d'une ultime production mort-née comme "20 000 lieues sous les mers" ou "StarWatchers"). Autres liens :
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